le PONT et le PORT

Ils firent la richesse du bourg du XVIème au XVIIlème siècle.Une promenade autour de la ville vous fera découvrir les vestiges de ses murailles du XIVème siècle et les monuments de son Histoire seigneuriale et religieuse. Enfin, deux courtes flâneries, par la Rue d'Orléans jusqu'à l'actuelle Mairie et dans ses petites rues ou ruelles pittoresques, recréeront l'atmosphère de son passé quotidien, du Moyen-Age à nos jours.

Le pont fut construit en pierre dès le XII ème siècle et reconstruit de 1756 à 1764, il fut réellement terminé en 1775.


La Porte d'en Bas:

A l'origine de forme élancée, flanquée de 4 clochetons fleuronnés de Lys, couronnée d'un Campanile où trônait "La Montre", avec entrée voûtée, de forme ogivale. Restaurée en 1702,1722 et 1755, remplacée, après la construction du nouveau Pont, par l'actuelle, construite entre 1783 et 1785. On voit encore la niche réservée à la Vierge de 1784. La porte ne sera supprimée qu'en 1840.


Eglise

L' église existe sous le nom de St Pierre et St Paul, depuis le IXéme siècle, elle dépend, avec douze autres paroisses voisines, comme la ville de Cravant, du Chapitre de la Cathédrale d'Auxerre, Seigneurie jusqu'en 1789. Agrandie au XIIème, il reste, de cette époque, deux piliers, encadrant la grande porte d'entrée. La Nef est assez nue car les Cravantais n'ont jamais eu les moyens de la reconstruire après le passage des armées et des pilleurs, comme Geoffroy d'Arcy en 1220 et les Grandes Compagnies de 1367 à 1390. On remarquera d'ailleurs sur la Tour les pierres qui sont toujours en attente de la suite...

Travaux dès le 25 novembre 1543 : belle plinthe extérieure, de lm50 de haut environ, continue, prouvant que le soubassement a été construit d'un seul coup, vers 1550. La Tour, rectangulaire, sur 3 niveaux, avec les 3 ordres dorique, ionique et Corinthien, massive mais diversifiée, datée de mai 1551 (inscription extérieure), forme, avec le Clocher Nord et 2 chapelles, le Transept: on y accède par la deuxième petite porte, à côté. De plein cintre, la balustrade servant de garde-fou, avec un étroit escalier en pierre, a vis, menant aux cloches de 1865 et 1875 (en remplacement de celles de 1715 et 1768, fondues à Auxerre pendant la Révolution).
L'abside et sanctuaire, de style gothique, sont de 1543 à 1553: choeur formé de 11 arcades à chapiteaux Renaissance, supportées par 12 piliers crucéiformes; les 12 pilastres composites, en decrescendo d'épaisseur, symbolisent les 12 apôtres, dont les statues ont disparu, remplacées par d'autres, plus petites, en terre cuite, du XVème siècle. L'ensemble était polychrome, comme l'attestent le plafond de la Chapelle d'Axe et les 2 piliers, colorés au sommet, de part et d'autre de l'Autel, dit à "Tombeau", du XVIIIème siècle, comme le Tabernacle. Partout, sculptures, piscines, bénitiers à coquilles, baldaquins, ornements Henri II et François Ier. Sur le sol, dalles funéraires de sépultures, dans l'Église même (jusqu'au XVIIIème) ou provenant du cimetière alors contigu.

Chapelles rayonnantes, souvent datées sur les clés de voûte. Celles du St Sacrement, de Ste Anne et St Michel ont des plafonds à tiercets et pendentifs Francois Ier; de la Chapelle d'Axe (derrière l'autel), de la Résurrection (reconnaissable à son haut-relief du XVIIème), de la Vierge et des Morts, à caissons Henri II. Les dates se suivent, en partant de la Tour (1555), pour se terminer dans le collatéral sud, en 1598: on a ainsi la progression de la construction. La double Chapelle dédiée à Notre-Dame (1594) s'orne d'un Retable Henri II supportant une "Vierge à l'Enfant" Notre-Dame d'Arbault du XVème siècle, protectrice de Cravant, célèbre par ses miracles aux XVIIème siècle, y a été déposée, après adjudication de la Chapelle (à lkm 500), comme bien national, en 1792. De nombreux objets et meubles furent vendus ou volés. On peut cependant remarquer encore: 2 belles stalles et les bancs de 1690, bien conservés; un Ecce Homo (Chapelle Notre-Dame), mutilé, provenant du cimetière; près des Fonts Baptismaux, une Descente de Croix, avec les Saintes Femmes, également fort abimée (début XVIIème); dans le collatéral nord, énorme Cuve à Eau Bénite, en fonte de Fer, du XVIIIème siècle. A l'entrée de la porte, côté sacristie, une belle piscine à coquille (XVIème) et un Bénitier, creusé dans un pilier du XIIème siècle. Les Bâtisseurs furent: le Chapitre, instigateur; les Habitants, avec leur argent et leur peine; Jeanne de Chastellux, donatrice généreuse; Nicolas Symonin, enfin, "maître-tailleur de pierre" qui séjourna à Cravant pour superviser les travaux.

Les Vitraux

Vitrail de la Vierge,collatérale sud

XVIème décadent, monogramme du Verrier, sur le modèle rouennais, il illustre les "Litanies de la Vierge", en une fenêtre divisée en 3 baies par 2 étroits meneaux, avec Réseau supérieur de 5 jours.Le Rouge prédomine, comme chez tous les Verriers, du XVIème surtout. Le Bleu et le Blanc, couleurs symboliques, et les inscriptions, insistent sur la Pureté, la Splendeur de l'immaculée Conception, intercédant pour les humains et montant dans la Cité de David.

Vitrail de la ChaPelle d'Axe (derrière le Maitre-Autel)

Reconstitué, vers 1750 - 1800, à partir de vitraux détruits, il forme un pêle-mêle très composite. Les 4 inscriptions et l'encadrement sont restés en place, comme la Conversion de St Paul (dédicace initiale de l'Église: St Pierre et St Paul).

On discerne 3 motifs essentiels:

- Une Vierge à l'Enfant "Jhésus Maria" et un sujet rare sur St Antoine de Padoue, appartenant à 2 vitraux disparus.

- 12 scènes de la Vie de St Pierre, dont les principales: son arrestation, sa Délivrance par l'Ange, un "Quo vadis" (où vas-tu), le Supplice de St Pierre et St Paul, et la Chute de Simon le Magicien.

C'est un patchwork, plus ou moins réussi, de morceaux de vitraux souvent juxtaposés.

- Une vie de St Eloi, à l'origine en 11 épisodes, dont 9 sont réduits à un seul panneau. L'interprétation se fait facilement par les Inscriptions: sa naissance, St Eloi ferrant un cheval, fabriquant une chasse, distribuant des aumônes, sacré Evêque à Noyon, guérissant les malades, sauvant un Pendu (à peu près intact), recevant la communion sur son lit de mort.

St Eloi, est rarement représenté sur les vitraux, un seul, du XIIIème siècle, se trouve dans la Cathédrale du Mans.

Remarquons encore:

- après le vitrail de la Vierge, celui des couteliers, ou Bouchers, reconnaissable à ses instruments (1548). - un peu plus loin, des séraphins jouant de l'orgue.

- dans 2 chapelles près de la tour: une belle tête d'homme, barbu et lainé. Une Sainte Face magnifique, avec les Bustes de St Germain et de Ste Christine de Bohème.

On peut attribuer ces vitraux à des Verriers d'Auxerre , par la ressemblance des rehauts de jaune d'argent et les rinceaux de grisaille, (feuillage stylisé en enroulement) que l'on retrouve sur la Rose Nord de la Cathédrale Ste Etienne d'Auxerre.

La Porte d'en bas:

Porte Principale, de France, de l'Église, selon les époques, là, se trouvait le Corps de Garde, et l'on traversait alors le Ruisseau (recouvert par la rue) à gué. par cette entrée vinrent les Régiments de Louis XIV et Louis XV (surtout entre 1694 à 1740), puis les Soldats des 6 Coalitions républicaines et impériales, enfin ceux de la Première Guerre Mondiale. Logés dans ce Corps de Garde ou au Donjon, certains soignés à l'Hopital; quelques prisonniers prussiens, sous le Consulat, travaillèrent dans des fermes cravantaises.

 

L' école:

L'actuelle école abritait l'hôpital et des classes (XVIIIème siècle): Cravant, eut, à l'écart, sa Maladrerie (XIIème) et un Hopital, ruiné en 1695, d'où sa recréation, après le départ de Ursulines (1760). Une Reliaieuse-HosPitalière (1767) et 2 Chirurqiens assurent consultations et soins, limités, jusqu'au XIXème siècle, à saignées, lavements, potions à base d'herbes médicinales et de produits chimiques simples, quand pestes, épidémies, guettes", "fièvres doubles, tierces, quartes" déciment des familles entières (1693 - 1766-67 - 1787-88). Lors des disettes (1717- 1738- 1751- 1789- 1794), les Administrateurs distribuent généreusement pain, viande, sel et boisseaux de blé. Devenu Hospice, il fut fermée en 1962.

Les Classes étaient faites par une Religieuse-Enseignante et un Recteur d'École, logé dans un bâtiment de l'hôpital. Cravant avait un Instituteur depuis 1401. Après la Révolution, les époux PREVOST, laïcs, enseignent et logent encore là, mais maison et jardins sont alors séparés... Plus tard, on installe aussi des élèves dans les Anciennes Halles (-> juin 1992)

Désormais l'hôpital est devenu un groupe scolaire, moderne à l'intérieur, mais conservant son infrastructure d'époque. La restauration a été faite avec succès: pierres apparentes, fenêtres en ogive, entablements de pierre, suppression de bâtiments inesthétiques, restructuration du jardin, remise en état du puits, tel qu'il fut, sans doute aux XVIIème et XVIIIème siècles (encadrement de Porte conservé). Restauration permise grâce au dynamisme d'une municipalité conduite par un Maire, Jean-Pierre FRANCK, très motivé par la conservation du patrimoine de Cravant.

Le Donjon:

Exigé par la Charte d'affranchissement, d'abord prison, édifié de 1280 a 1308. Nombreux dessins et inscriptions gravés dans la pierre par les prisonniers, notamment les Templiers (fin XIIIè siècle).

Sous-sol: Ancien puits transformé en latrines, "oubliettes", fondations jusqu'à 17 mètres de profondeur.

Premier étage: salle gothique, immense cheminée (enlevée), logis du "geollier" (100 sous de gages), puis du Sergent: salle des séances municipales après la Révolution..

Second niveau: sans feu, fenêtres hautes; prison, entre cellier et salles d'armes. Deviendra la chambre des chanoines de passage. Aucun système de défense: il aura pourtant cet usage en 1423, en pleine guerre de 100 ans, et au XVIè siècle, lors des luttes entre Catholiques et Protestants. Un Capitaine y réside de 1478 à la fin du XVIIIème siècle (10 livres de gages).

Dès le XVème siècle, remplit 3 fonctions: Prison, Tour de guette, Maison Seigneuriale. Classé "monuments historiques".

on peut visiter le sous-sol et la salle gothique, si l'actuelle propriétaire est présente

A coté, LE LAVOIR, construit en 1828.

 

En suivant la rue des Fossés, on arrive à:

La Porte d'Arbault:

Flanquée d'une tour en 1492, elle menait aux champs de Chantre (rue des Chenevières), aux vignes de Monteloup, au hameau céréalier de CHEVILLY (CHEUILLY), et bien sûr, a la Chapelle miraculeuse (XVè siècle ). Pélerinage le 29 juin, nombreux miracles reconnus, (en général, sur des enfants morts-nés), et village encore florissant au XVIIème siècle.

Le Beffroi ou Tour du guet:

Une des Tourelles de l'enceinte, enclavée dans le mur, très bien conservée; son escalier à vis de 36 marches aboutit à la galerie permettant la surveillance des 5 vallées, par où arrivèrent, dès le Xème siècle, envahisseurs normands, Robeurs, Grandes Compagnies, Seigneurs locaux et troupes régulières... qui ravagèrent le bourg pendant 7 siècles.

La porte d'en haut:

Le Beffroi, la muraille et la Poterne forment un bel ensemble des XIVème et XVème siècles: c'était la liaison commerciale Ports / Halles de 1451 (actuelle mairie) et l'accès aux petits jardins maraîchers longeant les berges de l'Yonne.

 

La rue d'Orléans:

Elle doit son nom à un grand espoir déçu: une route indispensable au trafic Est/Ouest (gruyère, métaux, porcelaine) et au commerce local anéanti par la chute du pont: projet à rebondissement: seule, la Grande Rue (qui allait jusqu'à la Porte d'Arbault), rebaptisée à la hâte, garde la trace de cette route abandonnée.

Comme on avait élargi la rue, les seuls témoins des XIVème et XVIème siècles sont la belle Tourelle Renaissance de la Cour Balouze, et la Maison de Bois (1328), dont la large façade sur rue (pour l'époque) atteste un propriétaire aisé. Elle aurait abrité Jeanne d'Arc... effectivement venue à cette époque, à Arcy-sur-Cure et Auxerre, avec ses 20 000 hommes. Les autres maisons actuellement visibles datent donc de la deuxième moitié du XVIIIème siècle: façades sobres, parfois rustiques ou austères, les vestiges des XVème et XVIème siècles sont cachés, dans les Cousettes, jardinets, ruelles privées, caves voûtées, passages "secrets", escaliers à vis, tourelles discrètes...

La place de la Mairie:

L'actuelle Mairie fut commencée en 1829, le Corps de garde, sur la gauche, (1836), jouxtait le "Puits de la Hasle".

Les HALLES, à l'origine flanquées de leur puits: accordées en 1340, puis par l'Edit de Charles VI (1419) et de Charles VII (1448); les habitants les élevèrent, à leurs frais, à partir de 1451. Marché le lundi, 3 foires: avant la Chandeleur, la St Jean-Baptiste, et la St Thomas. Bien desservies, vers les Entrepôts, par rue et ruelle de la Huchette, rue du Port, Porte d'en Haut, là se regroupaient taillandiers, charrons, forgerons, marchands de vin, boulangers, bouchers..., la Grande Rue étant plutôt, alors, réservée au trafic intense des charrettes et chariots. Les Halles viennent d'être restaurées (actuelle Bibliothèque) grâce au dynamisme de la Municipalité et l'aide du Conseil Général et du Conseil Régional.

La place et les rues présentent un large éventail architectural: à gauche, vers la Poterne, l'alignement d'anciens ateliers d'artisans (XVIIème et XVIIIème siècles), à droite quelques demeures bourguignonnes du XIXème siècle. Rue de l'Horloge, au coin, une construction à colombages, et derrière la bibliothèque ne pas manquer la superbe maison Renaissance avec grandes et belles fenêtres à meneaux.

En passant par la porte de la Poterne on peut, alors, à pied, retrouver l'Yonne et l'ancien Grenier à sel, par la jolie "Promenade des Accacias".

Extraits de l'ouvrage "Promenade dans Cravant" d'Odile GEORGES